Charlotte Melançon has written a French translation of Mark Tredinnick’s poem “Walking Underwater.” You can read more about Charlotte’s work here.
MARCHER SOUS L’EAU
poème, Mark Tredinnick
traduction, Charlotte Melançon
À Kim Stafford
Il y a ce calme qui pèse sur l’Amérique du Nord.
Comme si les jours étaient protégés par un double vitrage.
C’est étrange. Tectonique. Sorte de peine, de souffrance,
Qui attend. Comme une affaire inachevée. Je le sens ici,
Dans le nord-ouest, en particulier, même si cela m’a frappé à Toronto :
Pauvre qualité de la lumière du nord, j’imagine, ma nature du sud
Y étant peu habituée, transposée dans une saison de bruit étouffé,
Pénombre de silence projetée par trop d’histoire, de paysage
Extatique, d’affaires résolues à la pointe du fusil,
Comme si ma vie, en plus, s’était perdue ici, dès le début.
Excuse-moi : je parle selon mon humeur – décalée –
Rêvant intensément à ce que je croyais aimer.
Il y a plaques par-dessus plaques sur le globe
De mon esprit : une agitation, un malaise aussi. Mais regarde,
Derrière tes fenêtres, les drapeaux à prières ont cessé
De prier, et la mousse n’ébarbe pas les chênes et les sapins,
Qui résistent stoïquement dans le plus doux simulacre
De la lumière du jour que j’ai jamais vu. Sors avec moi, dis-tu ; allons
Nous promener le long du fleuve. Allons voir ce que N’chi wana va nous dire
De la lumière… C’est beaucoup, vulgaire la plupart du temps –
La queue et la chatte, par exemple, les liaisons compliquées
De Neruda, ici même, gargantuesques dans le basalte, emmitouflées
Dans le sapin de Douglas, sur la rive sud – magnifiques aussi. Les merles
Le long du basin d’Eagle Creek semblaient convaincus que c’était le printemps,
Mais le nuage qui coulait à la surface de l’eau bleu-sarcelle
Et la brise qui se levait et le sentier qui ne collait pas sous nos pas,
S’affairaient à remetttre l’hiver à sa place. Et deux heures durant,
Tu m’as appris l’art de marcher sous l’eau ; deux heures durant,
Nous avons merveilleusement causé tout au long du chemin qui mène aux chutes,
Encore une fois sous la pluie qui me tombait dessus comme une désillusion.
Si vous appelez une chaîne de montagnes, Les Cascades, c’est
Ce que vous allez obtenir – leur vrai nom sur la carte – une longue promenade
Sous la pluie. Mais cela en valait la peine ; c’est presque toujours le cas :
L’après-midi pleurant la douleur que le continent avait versée
Toute la matinée – tout le siècle passé, si je peux dire – essayant
De ne pas l’avouer. La chute d’eau était une aquarelle japonaise
Risquant de couler sur la toile, l’eau immense emportant sa palette assourdie
Jusqu’à l’océan, emportant aussi avec elle une bonne part de moi-même. La gorge,
En l’occurrence, est un sermon de verdure en grande partie non dit,
Et alors que nous en sortions, le soir s’étendait sur le fleuve
Comme la moitié des psaumes que je n’ai jamais sus.